
Refondation républicaine, chiche !
Tribune parue dans "La Corrèze Républicaine & Socialiste" du 6 juin
Vous trouverez ci-joint un texte d’un camarade du MRC (dont je suis militant) que je retransmets dans son intégralité sur mon blog. C’est l’une de mes priorités que de contribuer à faire connaître nos valeurs républicaines malmenées par la politique libérale du chef de l’Etat.
La république sociale est une alternative crédible à la politique actuelle ; mais pour cela il est impératif de rassembler les différents courants de la gauche républicaine par une refondation de cette dernière au sein d’un grand parti. Cela suppose des concessions de parts et d’autres dans le but d’une alliance. En effet, « la politique c’est un jeu d’alliances et de déssaliances au grès des circonstances et l’art du compromis ! » Je regrette que Jean-pierre Chevénement « ait botté en touche » pour les Européennes. Plutôt que de rechercher un accord par un compromis avec le Front de Gauche, chaque parti avait la possibilité de conserver son identité, il a préféré jouer la politique de l’autruche au grand dam des militants. « En démocratie, on ne dirige pas un pays contre l’avis d’un peuple, de même on ne dirige pas un parti contre l’avis des militants ! » Nul doute que si le MRC, qui s’est construit sur le NON au traité de MASSTRICH, avait participé au front de Gauche, nous aurions eu des élus au parlement Européen. Le rôle d’un parti politique, c’est de présenter des candidats aux élections, sinon, il faut faire autre chose !
Nous vivons dans une drôle de situation concernant ces élections Européennes. Alors que la gauche et sociologiquement majoritaire dans le pays, la droite unies a remporté à gagnée parce que la gauche est divisée. Il est donc urgent de mettre en œuvre par un travail de fourmi sur le terrain si besoin une refondation de la gauche républicaine, encore faut-il que les querelles de chapelles s’effacent au profit de l’intérêt général !
Je vous souhaite une bonne lecture du texte de Patrick TRANNOY ci-dessous.
Salut et fraternité,
Louis-Rémy GAUDIN, Républicain dans l’âme !
« Dans La Corrèze Républicaine & Socialiste du 23 mai dernier, trois camarades appelaient à une « refondation républicaine ». Socialiste, républicain, militant et cadre dirigeant du
Mouvement Républicain & Citoyen depuis une dizaine d’années, je n’ai pu qu’être particulièrement sensible à cet appel dans mon hebdomadaire préféré.
C’est en effet en saisissant de nouveau les puissants leviers du modèle républicain que la gauche parviendra, face au pouvoir écrasant, quoi que failli, du capitalisme financier mondial, à
rassembler la majorité sociale qui vit de son travail et à la transformer en majorité politique, comme en 1981.
Nos camarades Ponty, Horvat et Martel ont à cœur de définir le modèle républicain, notamment, par les services publics. Ils ont raison : oui, les services publics sont des piliers de la
République, car ils assurent l’égalité des conditions - sociales et territoriales – sans laquelle l’égalité des droits est un mot creux. Les services publics donnent donc corps au principe
d’égalité, principe fondamental de la République française. A cet égard, si la République n’est pas toujours bien défendue à gauche (qu’on songe aux privatisations, aux directives de
libéralisation, votées par certains camarades), elle ne l’est quasiment plus à droite, depuis que le gaullisme qui avait fait sien le nouveau contrat social de la Libération a laissé place au
néo-libéralisme de Giscard puis de Sarkozy, forme de reaganisme à la française.
Nos camarades Ponty, Horvat et Martel veulent aussi définir le modèle républicain par la laïcité. Ils ont raison : non seulement la laïcité, en particulier à l’Ecole, tient à distance de la
raison les forces obscures (quoi que souvent respectables) de la foi, et permet donc au citoyen d’adhérer en conscience au contrat républicain : elle est donc constitutive de la liberté
républicaine. Mais encore la laïcité concourt-elle à la fraternité républicaine, en séparant l’espace public, dans lequel les citoyens mettent en avant ce qui les rassemble, de la sphère privée,
dans laquelle ils peuvent se définir par leurs particularismes, le cas échéant religieux.
Mais la République, ce ne sont pas seulement les services publics et la laïcité. C’est plus largement une citoyenneté effective, permettant à chacun de détenir une parcelle de la souveraineté,
pour choisir l’avenir commun. Etre citoyen, c’est pouvoir débattre avec les autres citoyens, concevoir et choisir un projet d’avenir, et accepter de se plier à la décision d’une majorité. Ce
n’est pas seulement avoir le droit de voter : l’enveloppe apparente de la démocratie n’en fait pas la substance ; Régis Debray l’a dit : « la démocratie, c’est ce qui reste de la République quand
on a éteint les lumières ». Pour exercer une citoyenneté pleine et entière, l’instruction, la pensée libre, le débat d’idées, la capacité de définir l’intérêt général sont aussi indispensables
que des institutions assurant une véritable « Représentation Nationale » et lui donnant le pouvoir de décider. A cet égard, il faut, effectivement, faire évoluer la Vème République, mais aussi
les modes de scrutin et les règles de financement des partis politiques, faire reculer la mainmise du capital et du gouvernement sur les médias de masse… Il faut surtout que la notion même
d’intérêt général puisse reprendre son sens, dans une société où tout est fait pour encourager le repli groupal ou nombriliste.
Cette notion d’intérêt général nécessite un cadre. Bien sûr, l’humanité est une réalité première, et les droits de l’homme en découlent. Mais ce n’est pas par hasard si les droits de l’homme et
du citoyen sont nationaux, alors que les droits de l’homme sont mondiaux. La citoyenneté, la conception d’un intérêt général qui dépasse la garantie de certains droits imprescriptibles et définit
un projet de société précis, repose sur une civilisation, une culture, une langue : en somme, tout ce qui permet de faire émerger, à partir de repères communs et de vifs débats, un cheminement
collectif.
S’agit-il de « préférer le repli national » comme l’écrivent absurdement nos camarades du PS-UMA 19 dans leur tribune ? La République et la citoyenneté souffriraient-elles « d’enfermement » dans
la Nation française ?
La confusion Nation / Nationalisme relève d’une approximation intellectuelle étonnante. La Nation française, celle de Renan, est une Nation citoyenne, un « plébiscite de chaque instant » du
citoyen au projet collectif ; elle se fonde sur le droit du sol et la citoyenneté, et donc, par essence, c’est un projet ouvert, et non un repli « identitaire » (n’en déplaise à Monsieur Besson),
ni a fortiori ethnique.
La Nation peut et doit être coopérative ! Affirmer le rôle de l’Etat-Nation dans la mondialisation, cela n’a rien de replié ou d’égoïste ! Il ne faudrait pas confondre le mondialisme et
l’internationalisme ! Le mondialisme qui nie les Nations est par nature le culte de la non-règle, car un gouvernement de monde n’existe pas et n’est pas près d’exister. Les mondialistes
prétendent régler les injustices du monde par une ingérence qui ne fait que conforter la loi du plus fort : a-t-on jamais vu le faible s’ingérer dans les affaires du fort ? Tout au plus, le
mondialiste au grand cœur peut-il poser devant une caméra avec un sac de riz ! Mais l’internationalisme, au contraire, est un projet sérieux de fraternité à l’échelle de l’humanité, d’échanges,
de coopérations, de règles communes. Il se fonde sur la volonté et la capacité des Nations, à travers leurs Etats mais aussi les acteurs publics et privés soumis à leurs règles, de poursuivre
ensemble un idéal. Et c’est pourquoi Jean Jaurès l’affirmait à juste raison : « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, mais beaucoup y ramène. »
Est-ce à dire, enfin, qu’entre la Nation et l’internationalisme, il n’y a pas de place pour le projet européen ? Bien au contraire
!
Encore faut-il, là encore, discerner les mythes - voire les mensonges - et la réalité. L’Europe peut être un rêve ; elle est en tous cas assénée comme un mythe depuis une trentaine d’années, dans
toutes les écoles, dans tous les médias, et jusqu’aux enseignes des magasins. Mais l’Europe est, pour commencer, une réalité. Et la démarche socialiste – autre enseignement de Jaurès- est bien
d’abord de percer à jour la réalité du pouvoir de domination pour en faire la critique. Or la réalité européenne d’aujourd’hui est bien celle d’un pouvoir de domination, que Pierre Mendes-France,
dans une vision extraordinairement anticipatrice qui le conduisit à refuser de voter le traité de Rome dès 1957, n’hésita pas à comparer à une « dictature » : l’Union Européenne est en effet un
système de prise de décisions qui remet le pouvoir des peuples entre les mains d’autorités non élues (Commission, Banque Centrale, Cour de Justice…) ou élue sur des bases floues et difficilement
contrôlable (Parlement Européen).
Quelle est l’alternative ? Une « République européenne », disent les camarades Ponty, Horvat, et Martel, sans qu’on comprenne bien où ils veulent en venir. Au nom de cette République européenne,
faut-il renoncer à la souveraineté nationale ? S’agit-il du modèle « fédéraliste » ? S’agit-il de renoncer, donc, par exemple, à ce que le peuple français puisse se prononcer par référendum sur
les prochains traités, remettant son avenir dans les mains d’une majorité européenne ? Est-on bien sûr qu’une majorité de citoyens des pays de l’Union Européenne aurait rejeté le « Traité
Constitutionnel Européen » ? On peut le penser, on peut en douter. Il est certain en tous cas que les difficultés des partisans du NON à faire émerger leurs arguments dans le débat national
auraient été décuplées à l’échelle européenne, et que les arguments des partisans du NON en France n’auraient pas nécessairement convaincu les autres peuples d’Europe à ce stade de leur histoire.
Ceux qui auraient voulu soulever l’argument de l’alignement sur l’OTAN au Royaume Uni, de la laïcité en Pologne, et des Services Publics monopolistiques au Luxembourg auraient eu besoin de
beaucoup de force de conviction !
Non seulement l’abdication de la souveraineté nationale pour le grand saut dans le rêve fédéraliste ne correspond pas à la réalité de l’Europe d’aujourd’hui, mais encore est-il irréaliste
d’imaginer une République européenne fédérale à moyen terme. On peut toujours imaginer que soit convoquée une assemblée constituante qui décidera d’une enveloppe démocratique institutionnelle. Et
après ? Dans quelles conditions les élections auront-elles lieu ? Quel creuset de culture civique partagée, et pour commencer linguistique, permettra-t-il un véritable débat public sur des enjeux
clairement identifiés ? Une telle démocratie européenne ne permettrait que des choix schématiques, voire cosmétiques, et pour finir le triomphe du plus petit dénominateur commun, dont il y a fort
à craindre qu’il se résume à l’économie de marché !
En revanche, une Europe des coopérations, autour de projets précis, d’échanges universitaires, et culturels démultipliés, de grandes aventures scientifiques, technologiques, de vrais progrès
environnementaux, sanitaires, serait de Nature à faire émerger, progressivement, une véritable conscience civique européenne, autrement plus solide que celle qui repose sur l’assertion aussi
péremptoire que contestable, et pour tout dire intellectuellement faible : « l’Europe c’est la paix, et l’union fait la force ».
Il faut résolument promouvoir cette Europe du réel, dont l’ambition se traduit par des choix précis, voulus par les peuples et contrôlés par eux. C’est d’ailleurs sur ce modèle qu’on a rencontré
les vrais succès européens (AIRBUS, Ariane…), quand le modèle de la toise uniformisatrice bruxelloise accouchait le plus souvent de régressions. Pour mettre en œuvre ces projets européens, des
délégations de compétence peuvent bien sûr intervenir des Etats-Nations vers l’administration européenne, mais décidés par les peuples, contrôlés par eux, et réversibles. C’est en laissant aux
peuples la capacité de décider, non pas le grand saut dans un inconnu européen uniforme, mais les projets européens de leurs choix au quotidien, que le sentiment d’appartenance à l’Europe et
l’Europe elle-même progresseront solidement.
Et ce n’est certainement pas en abdiquant la souveraineté des peuples, dernier rempart face à la mondialisation libérale, qu’on garantira une Europe démocratique et sociale. Au contraire, la
souveraineté de la Nation doit être le garde-fou qui permet l’Europe du mieux disant social. Oui nous voulons par exemple d’une directive en faveur des Services Publics partout en Europe… mais
nous devons aussi avoir le pouvoir souverain de conserver nos services publics si la politique européenne va dans le sens opposé ! Si nos élus nationaux le voulaient et en avaient le courage, la
souveraineté nationale aurait « l’effet cliquet » qui garantirait une construction européenne par le haut.
En somme, une Europe réaliste et ambitieuse, qui rassemble ses Nations plutôt que de chercher à les broyer, peut se construire sur cette base claire : « autant d’Europe qu’il est souhaitable et
possible, à géométrie variable, par délégation de compétences… et autant d’Etat-Nation qu’il est nécessaire pour garantir notre modèle social et républicain, grâce à la souveraineté nationale
».
La « refondation républicaine » ne passe donc certainement pas par la réactivation du mythe de l’Europe fédérale, qui justifie toutes les régressions sociales et démocratiques depuis trente ans.
Rappelez-vous en 1992 : au nom de « l’Europe-républicaine-et-socialiste-qui arriverait-demain », la majorité du Parti Socialiste, y compris la gauche socialiste du Sénateur Mélenchon, a accepté,
avec sincérité, « le compromis d’étape » du traité Maastricht… En 2005, avec la même logique, et sans doute pour certains la même sincérité, c’est au nom de « l’Europe
républicaine-et-socialiste-qui-arriverait-demain », que la majorité du Parti Socialiste a accepté « le compromis d’étape » du Traité Constitutionnel Européen… Et ainsi agit le mythe de l’Europe
fédérale, qui s’est substitué à l’utopie socialiste, depuis le tournant de la rigueur en 1983.
Alors, camarades, défendons, promouvons, l’idée républicaine. Parlons à l’humanité, soyons internationalistes. Bâtissons l’Europe. Mais pour cela, commençons par revendiquer les leviers de la
citoyenneté : défendons la laïcité, maintenons et étendons les services publics, relevons l’Ecole… et ne détruisons pas la Nation citoyenne ! «
Lundi 08 Juin 2009
Patrick TRANNOY
La spécificité de ce blog est l’alternance d’articles consacrés à la politique et à l’environnement : Mes deux passions !
Mon objectif à court terme : Contribuer à la refondation de la gauche pour gagner en 2012 par un grand rassemblement de toutes les forces de la gauche, unies par un programme commun pour une alternative crédible et non une alternance factice. Sur ce blog, je publierai des articles provenant de partis politiques différents qui ont la même vision pour 2012.
Salut et fraternité.

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